Carrière & étapes clés
Reto Baumgartner s’entretient avec l’ancien joueur professionnel de hockey sur glace Marc Reichert.
RB Baumgartner : 1 022 matchs au plus haut niveau témoignent d’une constance exceptionnelle. Quel a été, cher Marc, votre secret pour rester à ce niveau physique et mental pendant autant d’années ?
Marc Reichert : Un facteur déterminant est certainement d’avoir aussi cette petite part de chance qui permet d’être épargné par les blessures graves. Mais le fondement, c’est une discipline absolue. Il faut prendre soin de son corps et être prêt à investir chaque jour dans un travail exigeant. Un environnement stable, qui fait preuve de compréhension et sait vous soutenir dans les moments difficiles, est tout aussi important.
RBB : Y a-t-il eu un tournant dans votre carrière où vous vous êtes dit : « Ça y est, je suis vraiment devenu un sportif professionnel » ?
Marc : C’était vers l’âge de 20 ans, lorsque mon rôle au sein de l’équipe est devenu sensiblement plus important et que j’ai reçu ma première convocation en équipe nationale A. À ce moment-là, j’ai compris que ma passion pouvait devenir quelque chose de durable.

RBB : Quel rôle les revers ou les blessures ont-ils joué dans votre développement – et que vous ont-ils appris sur la patience et le timing ?
Marc : Lorsque je jouais à Kloten, j’ai souffert d’une hernie discale à l’âge de 22 ans et j’ai dû être opéré. À cet âge, j’étais extrêmement inquiet et je me suis sérieusement demandé si ma carrière n’était pas déjà terminée. Avec le recul, c’est pourtant cette blessure qui a fait de moi un véritable professionnel. J’ai commencé à prendre beaucoup plus conscience de mon corps et de mon alimentation et je me suis entraîné encore plus intensément.
RBB : Comment votre rôle au sein d’une équipe évolue-t-il au fil des années – du jeune talent au joueur qui assume un rôle de leader ?
Marc : C’est un processus naturel. En tant que jeune joueur, on est très centré sur soi-même afin de réussir définitivement à franchir le cap, tout en apprenant chaque jour auprès des joueurs expérimentés. À 17 ans, en tant que « Giu », je n’aurais jamais tutoyé spontanément des légendes du SCB comme Tosio ou Howald. Ce n’est que lorsque « Toto » m’a proposé de le tutoyer que cette barrière est tombée. Avec les années et l’expérience, on assume progressivement soi-même les responsabilités que l’on admirait autrefois chez ses modèles.
RBB : Trois titres de champion à différentes étapes de votre carrière : votre approche personnelle du succès a-t-elle évolué au fil du temps ?
Marc : Je n’ai remporté mon premier titre qu’à l’âge de 30 ans. Après avoir attendu si longtemps, cette victoire a été un véritable soulagement. Avec le temps, on comprend que le succès ne peut jamais être considéré comme acquis. On apprend que chaque engagement compte et que les opportunités sont limitées. Cela nous amène à vivre le moment présent beaucoup plus consciemment et à tout donner pour atteindre le succès.
RBB : Sur le plan mental, qu’est-ce qui distingue les tournois internationaux, comme les Championnats du monde, du championnat national ?
Marc : À l’international, le jeu est encore plus rapide et plus intense. Lors d’un Championnat du monde, le fait de passer autant de temps ensemble, jour et nuit, soude énormément l’équipe. La pression est forte, car les défaites sont difficilement compensables et une courte période peut souvent suffire à décider de l’issue d’un match. En championnat, le défi consiste plutôt à maintenir un niveau élevé de tension et de concentration pendant plusieurs mois.
Des décisions en quelques secondes – Le temps dans le sport
RBB : Vous parlez de centaines de décisions par match. Comment entraîne-t-on systématiquement le timing et l’anticipation ?
Marc : Au bout du compte, tout repose sur la répétition constante. Après des centaines de répétitions, on n’a plus besoin de réfléchir : les mouvements et les automatismes deviennent naturels et on peut laisser parler son instinct. La communication avec ses coéquipiers de ligne est également essentielle. Lorsque l’on sait comment pense son coéquipier, on a déjà une longueur d’avance.

RBB : Quand faut-il attaquer, quand faut-il défendre : est-ce une question d’instinct ou de reconnaissance de schémas appris ?
Marc : Beaucoup de choses relèvent de l’instinct, complétées par les consignes tactiques de l’entraîneur. Si, sur la glace, on doit commencer par réfléchir, on a déjà un temps de retard. La meilleure sensation, c’est de pouvoir jouer sans réfléchir et de faire pleinement confiance à son intuition.
RBB : Comment votre perception du temps évolue-t-elle dans les phases décisives d’un match, par exemple durant les deux dernières minutes ?
Marc : La perception peut être extrêmement différente. Lorsque l’on mène au score, les secondes semblent s’écouler au ralenti. En revanche, lorsque l’on est mené et que l’on a besoin de marquer rapidement, le temps file à toute vitesse. On perçoit réellement le temps restant de manière totalement différente selon le score.
RBB : Y a-t-il eu un moment dans votre carrière où une seule seconde a fait toute la différence ?
Marc : Il restait exactement 2,5 secondes. C’était le temps affiché au tableau lorsque nous avons encaissé le but décisif contre le ZSC lors du septième match de la finale en 2012. Il ne restait plus aucun temps pour réagir ; c’était comme si on nous avait littéralement coupé l’électricité. Même 14 ans plus tard, cette douleur reste profonde. Mais cela fait partie du sport.
RBB : Que signifie la « patience » dans un sport qui vit de la vitesse ?
Marc : Malgré toutes les émotions et la vitesse élevée sur la glace, il est essentiel de savoir reprendre son souffle et de ne pas vouloir forcer les choses à tout prix. Il faut faire confiance à ses propres forces et rester constamment fidèle au concept de jeu défini.
Discipline, transition & deuxième carrière
RBB : Vous avez obtenu un Bachelor en gestion d’entreprise parallèlement à votre carrière professionnelle. Comment organise-t-on son temps à ce niveau ?
Marc : L’organisation est le maître-mot. Il faut planifier sa semaine avec précision et toujours garder à l’esprit pourquoi on accepte une telle charge de travail. Lorsque la motivation est là, cette double charge est finalement beaucoup moins lourde qu’on pourrait le penser.
RBB : Aujourd’hui, vous dirigez le secteur Travail & Formation à l’établissement pénitentiaire de Hindelbank. Quels parallèles faites-vous entre le vestiaire et la direction d’une entreprise ?
Marc : Dans les deux univers, il est essentiel d’assumer ses responsabilités, mais aussi de savoir quand les déléguer. Une compréhension claire des rôles constitue la base. Chacun doit savoir ce que l’on attend de lui et quel rôle jouent les personnes qui l’entourent.
RBB : Quelle importance le timing revêt-il dans les décisions de leadership ?
Marc : Le timing, c’est tout. Diriger ne signifie pas seulement savoir ce qu’il faut faire, mais aussi sentir précisément quand le bon moment est venu pour prendre une décision déterminante. En théorie, cela paraît simple ; en pratique, c’est tout un art.
RBB : Y a-t-il des principes issus du sport professionnel que vous transposez consciemment dans votre rôle actuel ?
Marc : Il faut aimer les gens et leur porter un véritable intérêt. Comme aucune personne ne fonctionne exactement de la même manière qu’une autre, il est essentiel, en tant que responsable, de savoir s’adapter à chacun. Une autre leçon importante du sport professionnel est de vivre dans le moment présent et de se concentrer sur ce que l’on peut réellement influencer. Même lorsqu’une chose tourne mal : analyser, en tirer les leçons, tourner la page – et continuer d’avancer…
Le temps comme valeur de vie
RBB : Quand avez-vous pris conscience que le temps est notre bien le plus précieux ?
Marc : Théoriquement, on le sait toujours, mais on ne s’en rend souvent vraiment compte que lorsque l’on sort du rythme effréné du quotidien. Un moment clé a été le safari que j’ai fait durant mon voyage de noces. Je voulais photographier immédiatement chaque animal que je voyais, jusqu’à ce que je réalise que je ne profitais finalement pas pleinement de l’instant. J’ai alors rangé mon téléphone pour simplement vivre ce moment. Aujourd’hui, j’essaie d’intégrer cette attitude dans mon quotidien.
RBB : Votre rapport au temps a-t-il changé depuis la fin de votre carrière ?
Marc : Aujourd’hui, je dispose de davantage de temps que je peux organiser librement pour moi-même et ma famille. En tant que sportif professionnel, on est largement soumis à des contraintes extérieures : le calendrier des matchs, les entraînements quotidiens et les nombreux déplacements. Même les vacances et les jours de congé sont strictement encadrés par des règles précises.
RBB : Comment parvenir à ralentir consciemment dans un monde qui va toujours plus vite ?
Marc : En acceptant que ce rythme effréné soit devenu la nouvelle « normalité » et qu’il ne changera probablement pas de sitôt. Malgré tout, il faut créer consciemment des moments où il n’est pas question de performance, d’optimisation ou de comparaison. Ce sont les instants où seules comptent les personnes que l’on aime et qui sont importantes à nos yeux.

RBB : Que signifie pour vous la qualité du temps passé dans votre vie privée ?
Marc : Pour moi, la qualité du temps signifie voyager avec ma famille et vivre consciemment dans l’instant présent, sans penser à autre chose.
RBB : Si vous pouviez donner un conseil à votre jeune « vous » sur le thème du temps, lequel serait-il ?
Marc : On ne peut pas forcer le temps par la seule volonté. Autrefois, j’étais souvent déjà mentalement épuisé avant même le coup d’envoi parce que j’anticipais le match trop intensément dans ma tête. Mon conseil serait le suivant : faites confiance à vos bases et gardez la décontraction nécessaire. Il faut mobiliser son énergie lorsque cela compte vraiment.
Ambassadeur de marque & horlogerie
RBB : Une montre mécanique repose sur la précision et sur des composants parfaitement coordonnés. Voyez-vous des parallèles avec une équipe qui fonctionne bien sur la glace ?
Marc : C’est une très belle comparaison. Une équipe performante ne fonctionne que lorsque chacun connaît son rôle, l’accepte et l’assume du mieux possible, quelle que soit la nature de ce rôle. Ce n’est que tous ensemble que les différents éléments forment un tout. Une montre ne fonctionne elle aussi que lorsque toutes ses pièces s’imbriquent avec précision et que le mouvement est complet. L’aiguille est-elle plus importante que le balancier ? Cela n’a finalement aucune importance. Si l’un des deux manque, la montre est incomplète.

RBB : Que signifie pour vous être ambassadeur de marque : plutôt représenter une marque ou vous identifier à elle ?
Marc : Je suis très fier d’être ambassadeur de marque et je m’identifie pleinement à RB Baumgartner. C’est une entreprise accessible, dans laquelle l’humain occupe une place centrale. Je suis fasciné par cet artisanat authentique et profondément ancré dans ses valeurs. Je trouve également très fort l’engagement de RB Baumgartner en faveur des sportives et des sportifs.
RBB : Quel rôle la constance joue-t-elle dans l’horlogerie – et quelle importance a-t-elle eue dans votre carrière ?
Marc : En horlogerie comme dans ma carrière, avec 1 022 matchs à mon actif, la constance est le critère ultime de qualité. Un mouvement doit fonctionner avec précision pendant des décennies – c’était exactement mon objectif sur la glace. La clé était de fonctionner chaque jour comme un mouvement mécanique : avec discipline, un environnement solide et la chance de rester épargné par les blessures.
RBB : Quelles qualités une montre doit-elle posséder pour que vous vous disiez : « Elle correspond à ma personnalité et à mon parcours » ?
Marc : Comme je ne suis pas vraiment petit, la montre peut elle aussi être un peu plus grande. J’apprécie les montres classiques qui peuvent être modernes et complexes à l’intérieur, mais qui n’ont pas besoin d’être trop « fancy ». Sur la glace, j’étais un travailleur et, dans la vie, je suis quelqu’un de simple et de terre-à-terre. C’est précisément cette authenticité et cet artisanat véritable qui me fascinent également chez RB Baumgartner.
Merci beaucoup, cher Marc, pour ton temps, ta sincérité et ces précieux témoignages personnels. Ton expérience du sport de haut niveau, ta discipline et ta personnalité authentique enrichissent notre marque et lui donnent un visage fort et crédible.
